Poulets grillés, Sophie Hénaff, Albin Michel, 343 pages.

Commissaire Anne Capestan, étoile montante de la police judiciaire, n'aime guère obéir. Après plusieurs bavures et une « balle de trop », elle se retrouve en congé forcé avant que ne soit créée pour elle une unité très spéciale : celle de tous les rebuts de la police, de tous les placardisés, soit une quarantaine de personnes dont la plupart ne se donneront pas la peine de faire acte de présence. Leur mission sera de traiter les cas irrésolus et qui peuvent le rester. Même si elle n'a plus le droit de porter une arme, la commissaire Capestan relève le défi.

Son équipe comprend Éva Rosière, capitaine qui s'est prise d'écrire des romans policiers devenus séries télévisées. Sa gouaille amusa un temps ses collègues, mais pas ses supérieurs lorsqu'ils se reconnurent dans les personnages. Après avoir pris un congé, le temps de faire fortune, Éva Rosière est réintégrée dans l'unité d'Anne Capestan.

La lieutenant Évrad est plus discrète, mais une accro des jeux n'est pas suportable dans la Brigade des Jeux.

Le lieutenant Dax vient de la CyberCrim et sait très bien rechercher, mais ne comprend jamais ce qu'il faut rechercher (confond carte d'abonnement avec carte de crédit). Éva Rosière dira de lui :

Dans toutes les équipes, t'as un génie de l'informatique, nous, non. Nous, on a un con de l'informatique.

Son collègue Lewitz se conduit normalement... sauf quand il conduit un véhicule. Il devient un danger pour son environnement

Le capitaine Merlot, ancien de la mondaine, alcoolique notoire et bavard impénitent, est plus dandy que travailleur.

Le capitaine Orsini a la réputation de mieux renseigner la presse que ses supérieurs.

Le lieutenant José Torez est connu pour porter la poisse à ses collègues (plusieurs seront abattus, on suppose uniquement à cause de sa présence). Plus aucun service ne veut de ce porte-malheur. Son travail, c'est de huit heures à midi et de quatorze heures à dix-huit heures. À la minute près !

Enfin le commandant Louis-Baptiste Lebreton, un ancien de l'IGS (police des polices), est si scrupuleux qu'il constitua un dossier sur l'un de ses supérieurs. Fatal. Marié et veuf depuis huit mois, lorsque Éva Rosière lui demande comment s'appelait sa femme, il répond « Vincent ». Même la brigade des mœurs ne peut accepter un homosexuel dans ses rangs. Comme il fut chargé du dossier Capestan lors de l'histoire de « la balle de trop », sa tâche dans cette unité n'en est pas facilitée.

Pour compléter cette équipe peu orthodoxe, il faut ajouter Pilote, dit Pilou, « le chien de garde le plus inefficace de la création » qu'Éva Rosière amène dans les locaux de cette unité très spéciale, dans des locaux très spéciaux, avec un matériel très spécial et des véhicules très spéciaux.

Pour Anne Capestan, comme pour ses collègues, c'est finalement une aubaine. José Torez le confesse :

Vous savez, le poste du répudié, je l'occupe depuis des années. Sauf qu'avant j'étais seul, maintenant on est une brigade. Pour moi, c'est une promotion.

Les résultats de cette bande d'hurluberlus ainsi motivés ne seront pas ceux attendus lors de la création de cette unité dont on n’attendait absolument rien. Ils sont un peu comme les fous du roi. Leur réputation ne risque pas d'être entachée et ils se permettent des méthodes inhabituelles. On s'en doute, avec succès.

Si l'écriture de Sophie Hénaff n'a pas le brillant d'une Fred Vargas, son originalité (combien de femmes commissaires dans les romans policiers ?), son humour, ses idées et son intrigue bien montée compensent largement cette faiblesse. La lecture est en tous les cas un bel amusement. Sophie, très sincèrement : « merci pour ce moment roman » !

Olonnois85