Homère, Iliade de Alessandro Baricco, Folio,231pages

Iliade Alessandro Baricco

Alessandro Baricco ne livre pas une nouvelle traduction de l’Iliade d’Homère, mais une version retravaillée et simplifiée en supprimant, autant que faire se peut, les agissements des dieux, aussi présent que les mortels dans la version originale.

De cette façon, les hommes sont confrontés aux hommes et deviennent les seuls responsables de leurs actes. Leur folie, leur brutalité, leur inconséquence aussi bien que leurs faiblesses sont révélées au grand jour. Ils n’ont plus l’excuse d’être les jouets de la colère ou de la grâce des dieux.

Pour exemple, lorsque Achile se décide à combattre et se trouve face à Énée, la traduction de Charles Leconte de Lisle (sur Internet), on lit :

Ainéias, pourquoi sors-tu de la foule des guerriers ? Désires-tu me combattre dans l’espoir de commander aux Troiens dompteurs de chevaux, avec la puissance de Priamos ? Mais si tu me tuais, Priamos ne te donnerait point cette récompense, car il a des fils, et lui-même n’est pas insensé. Les Troiens, si tu me tuais, t’auraient-ils promis un domaine excellent où tu jouirais de tes vignes et de tes moissons ? Mais je pense que tu le mériteras peu aisément, car déjà je t’ai vu fuir devant ma lance. Ne te souviens-tu pas que je t’ai précipité déjà des cimes Idaiennes, loin de tes bœufs, et que, sans te retourner dans ta fuite, tu te réfugias à Lyrnessos ? Mais, l’ayant renversée, avec l’aide de Zeus et d’Athènè, j’en emmenai toutes les femmes qui pleuraient leur liberté. Zeus et les autres dieux te sauvèrent. Cependant, je ne pense pas qu’ils te sauvent aujourd’hui comme tu l’espères. Je te conseille donc de ne pas me tenir tête, et de rentrer dans la foule avant qu’il te soit arrivé malheur. L’insensé ne connaît son mal qu’après l’avoir subi.

Alessandro Besicco résume :

Énée, à quoi penses-tu, voudrais-tu par hasard me défier ? Que crois-tu donc, que si tu gagnes, Priam te donnera sa couronne ? Il a déjà Hector, lui, et tous ces fils, tu ne crois quand même pas qu’il va te donner son pouvoir, à toi ? Va-t’en pendant qu’il est encore temps. Nous nous sommes déjà défiés, tous les deux, et tu te rappelles comment ça s’est terminé : tu fuyais sans plus t’arrêter. Fuis donc tout de suite, cette fois : retourne-toi et cours. Et ne regarde plus en arrière.

Simplifié ainsi, l’Iliade pourrait être perçu comme une ode à la guerre, tout autant qu’un réquisitoire contre elle. Les massacres ont beau être décrits comme des gestes héroïques et de courage, la brutalité et la mort, tout comme les lâchetés et les traîtrises, sont au premier plan. De multiples tentatives de mettre fin à cette guerre sont certes entreprises, mais il se trouve toujours un personnage pour les contrecarrés en ressortant les notions d’honneur et de honte, indissociables l’un de l’autre. Ces deux expressions ne sont en fait qu’une réduction du « qu’en-dira-t-on ».

Tout aussi intéressante serait une comparaison des guerres d’autrefois avec celles en cours actuellement. Elles étaient brutales, mais aussi avec un côté humain. Chaque victime dans l’Iliade est nommée par son nom et parfois son ascendance est citée. Les ennemis se connaissent personnellement, se parlent avant de s’entretuer. Nous sommes à l’opposé de l’anonymité des bombes larguées par un drone commandé depuis une salle de contrôle à des milliers de kilomètres du champ de bataille.

L’interprétation de l’Iliade que donne en annexe Alessandro Baricco peut aussi retenir notre attention. Pour lui, les hommes trouvent de la beauté dans la guerre et tant que cette perception des massacres et de la violence persistera, quoi que ceux-ci en disent dans des moments de conscience, il n’y a pas d’espoir de paix telle qu’y aspirent les femmes. C’est le message de l’Iliade, depuis... le VIIIe siècle avant Jésus Christ.

 

olonnois85