Chevrotine, Éric Fottorino, Gallimard/Folio, 199pages

 

ChevrotineAncien marin-pécheur, Alcide Chapireau est devenu boucholeur à Romilly, près de La Rochelle. Sa première femme, Nélie, avec qui il a eu deux fils, a été emportée par un cancer. Leurs trop courtes années communes ont été harmonieuses et ont laissé beaucoup de souvenirs heureux.

Après quelques années de veuvage, il rencontre Laura avec qui il vit un amour intense. Laura se révèle cependant lunatique, jalouse et hyper-possessive. Elle tente de faire disparaître toutes traces de Nélie dans la maison d’Alcide, dans sa vie et aussi dans celle de ses fils. Comme l’un des deux ressemble à sa mère, celui-ci devient sa bête noire et les conflits sont nombreux. Benjamin, le fils de Laura d’une première union, n’est pas épargné par cette mère instable. Le problème vient cependant principalement d'Alcide qui est incapable d’affirmer sa position, de défendre ses fils et de se défendre lui-même. Le drame devient inéluctable.

Dès le début du roman, Éric Fottorino laisse Alcide raconter dans une lettre qu’il projette d’écrire à Automne, la fille qu’il a eu avec Laura, pourquoi et comment il en est venu à la tuer. Le roman retrace la lente et inexorable prise de possession d’Alcide par Laura, mais aussi ces faiblesses, faiblesses qu’elle lui reproche également.

Le lecteur peut s’irriter de quelques curiosités. Ainsi, page 30, il lit à propos des deux fils d’Alcide : « Ils ne pleuraient jamais, ne parlaient pas de Nélie », et à la page suivante : « ... et les garçons versaient des pleurs bien trop lourds pour de si petites peines. » Dans le même registre, page 106 : « Jamais il n’avait levé la main sur une femme, ni sur personne. » Et dès la page 107 : « La gifle partit. »

Chevrotine est assez prévisible dans son déroulement, ce qui enlève beaucoup de la tension. Si la personnalité de Laura est semée de trouble, Alcide lui-même n’en manque pas non plus. Chez lui, l’enfance dure et la mésentente avec ses parents laissèrent beaucoup de plaies jamais refermées. Alcide évite à tout prix les conflits, quitte à les laisser se perpétuer. Manquant de caractère, inconséquent, s’il supporte beaucoup, il s’oublie aussi à quelques occasions. S’ils ne s’entendent plus, pourquoi restent-ils ensemble ? Cette question n’a pas de réponse, pas plus que la raison qui a poussé Alcide au meurtre.

olonnois85