Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb, Albin Michel,169 pages

 

Frappe-toi le coeurMarie est une très belle jeune fille admirée de tous, mais extrêmement imbue de sa personne. Pour se sentir bien, il ne lui suffit pas d’être admirée, mais il lui faut en plus être jalousée. À vingt ans, elle tombe enceinte du meilleur de ses prétendants.

Dès sa naissance, sa fille Diane se révèle plus jolie et plus vénérée que sa mère. Pour Marie, c’est une épreuve insupportable puisqu’elle doit cacher sa jalousie. Elle punit sa fille par une absence d’amour maternel, tout en prenant garde à préserver son image d’une mère modèle.

Diane est extrêmement précoce et intelligente. La suite du roman est vue de sa perspective. Elle analyse avec rigueur et rationalité les agissements de sa mère. À la naissance de son frère Nicolas, elle pense comprendre que celle-ci est bien capable d’aimer un garçon, mais pas une fille. Elle doit cependant réviser son jugement à la venue de sa petite sœur Célia. Marie montre envers elle une tendresse exagérée, obsessionnelle et maladive. Elle est passée d’un extrême à l’autre.

Dès qu’elle le peut, Diane quitte ses parents pour trouver d’abord refuge chez ses grands-parents qui l’adulent, et, à la mort de ceux-ci, chez les parents d’Élisabeth, sa nouvelle amie de lycée. La rupture avec ses propres parents est inéluctable et semble définitive.

Brillante étudiante en médecine, Diane remarque et se fait remarquer par la maître de conférences en cardiologie Olivia Aubusseau. Entre les deux femmes, malgré la différence d’âge, se tresse un lien de confiance amical étroit et une admiration mutuelle. Avec l’aide de Diane, Olivia parvient à obtenir son habilitation et entre dans le cercle fermé des professeurs qu’elle méprisait peu avant. Tandis qu’Olivia poursuit sa carrière académique, Diane constate avec effroi qu’elle traite sa fille Muriel bien pire que Marie ne la traitait. Olivia est non seulement incapable d’amour maternel, mais en plus elle méprise profondément sa fille.

Frappe-toi le cœur montre plusieurs facettes de la relation mère-enfant :

  • absence d’amour maternel

  • affection « normale »

  • tendresse obsessive et exagérée

  • délaissement et mépris.

Dans son ensemble le roman est à l’image de Diane : intelligence, lucidité, analyse pointue. Ce qui n’empêche nullement des erreurs de jugement, comme tout être humain. Malgré les avertissements de son amie Élisabeth, Diane se fourvoie sur Olivia. Est-ce parce qu’elle croyait avoir trouvé en cette femme la mère qui aurait dû l’admirer et l’aimer ?

Comme toujours le texte d’Amélie Nothomb est remarquablement court. Elle se concentre sur l’essentiel, évite les emphases, les redondances, ce qui le rend direct et parfois un peu sec, tel que l’est Diane qui ne peut se permettre trop de digressions et de périphrases. Une question reste ouverte : Amélin’a-t-elle pas servie de modèle à Diane ?

olonnois85