Pour ce qu’il me plaist, Laure Buisson, Grasset, 296 pages

Pour ce qu'il me plaistNée en 1300, Jeanne-Louise de Belleville est mariée en 1312 au baron Geoffroy de Chateaubriand avec qui elle aura deux enfants. Veuve à 26 ans, elle a appris à gérer les propriétés de la baronnie et gagné son indépendance. À 30 ans, elle épouse Olivier de Clisson, un veuf de son âge, mais surtout un des plus puissants nobles du duché de Bretagne. Le couple aura cinq enfants. Très ambitieux, affairistes, ils se complètent à merveille. À la veille de la guerre de Cent Ans, ils tournent à leur bénéfice les nombreuses querelles de cette brutale époque médiévale.

En 1943, Olivier de Clisson se rend à un tournoi à Paris. Soupçonné de trahison par le roi de France Philippe VI au profit du roi d’Angleterre Édouard III, il est emprisonné et décapité. Sa tête est envoyée à Nantes pour être exposée à l’une des portes de la ville. Jeanne n’accepte pas cet outrage. Elle affrète un bateau et écume les côtes bretonnes, coule les navires (de préférence français) et massacres sans pitié les équipages. La réputation de « Lionne sanglante » oblige Philippe VI à la bannir et à lui confisquer tous ses biens. L’épopée sanglante de la première corsaire française connue ne dure qu’une année avant qu’elle ne se retire en Angleterre.

Très bien documentée, dans son roman sur ce Moyen-âge trouble et instable, Laure Buisson s’adresse directement à Jeanne de Belleville. La fiction alterne ou s’amalgame aux faits historiques. Pour ce qui me plaist est autant document que roman. Ses qualités sont cependant aussi ses défauts. Laure Buisson mélange parfois l’un et l’autre, prend quelques libertés avec la réalité et perd en crédibilité. Ainsi, née en 1300, Jeanne est mariée en 1312 à l’âge de quatorze ans (sic !). L'auteur ne sait pas non plus si elle doit s’en tenir au système métrique ou à celui de l’époque. Les distances sont parfois en lieues, parfois en kilomètres. Dans le même genre : âgé d’une dizaine d’années, l’un des fils de Jeanne manie une épée de « deux kilos » (quatre livres eu été plus opportun). Lors du premier mariage de Jeanne, sont servis « du roquefort, du cantal, du munster et du brie » ! Même si ces fromages existaient déjà, il est difficile de croire qu’ils étaient disponible sur un marché de Bretagne. Pour se rendre sur ses terres de Noirmoutier, Jeanne emprunte le passage du Gois. Il n’existait cependant au Moyen-âge qu’un gué à marée basse pour rejoindre l’île d’Her (ancien nom de Noirmoutier). Pas plus que n’existait Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Saint-Gilles-sur-Vie et Croix-de-Vie n’ont été réunifiés qu’en 1967). Ces petites erreurs et quelques autres prérogatives littéraires irritent lors de la lecture qui reste cependant bien agréable.

olonnois85