Un certain M. Piekielny, François-Henry Désérable, Gallimard, 259 pages

 

Un certain M PiekielnyEnfant, Roman Kacew, alors qu’il habitait à Vilnius, avait fait la promesse à un voisin d’évoquer son nom chaque fois qu’il rencontrerait un personnage important. Devenu Romain Gary, c’est du moins ce qu’il écrit dans son autobiographie romancée La promesse de l’aube. Lors d’un passage plus ou moins par hasard à Vilnius, François-Henry Désérable se lance à la recherche d’information sur ce voisin, un certain Monsieur Piekielny. Rien ne prouvant l’existence de cet homme en dehors des quelques pages où Romain Gary parle de lui, l’auteur-narrateur s’imagine ce qu’aurait pu être ce personnage, comme il aurait vécu, son caractère, ses habitudes, sa vie. À preuve du contraire, toutes les spéculations sont possibles.

De la même façon, François-Henry Désérable imagine les situations où Romain Gary a ou aurait pu tenir sa promesse d’enfant face à ces personnalités qu’il a réellement rencontrées, tel de Gaulle, Kennedy, la reine d’Angleterre, etc. Ces entrevues sont l’occasion pour l’auteur de montrer à quel point il s’est bien documenté sur Romain Gary.

Ce roman est non seulement remarquable pour son érudition, mais aussi pour son humour. François-Henry Désérable ne se prend lui-même pas toujours au sérieux et fait preuve à maintes reprises d’autodérision :

Quand à dix-huit ans je commençai à jeter sur des feuilles de papier quelques phrases bancales, dépourvues de rythme et dénuées de poésie (en les relisant aujourd’hui je voudrais présenter mes plus plates excuses à ces arbres que j’ai pu offenser), je n’avais aucun talent, mais un nom d’écrivain.

Piekielny étant supposé juif, cela donne l’occasion à François-Henry Désérable de parler de l’invasion de la Lituanie par les nazis, puis plus tard par les Russes, des pogroms et du génocide.

François-Henry Désérable doute bien sûr par moments que ce Piekielny ait existé, mais d’un autre côté, sans la preuve du contraire, rien ne lui permet de remettre en cause les écrits de Romain Gary, à moins qu’il ne l’ait inventé, comme il mentit sur d’autres points dans sa biographie, à commencer par l’identité de son père.

Ce n’est que par hasard que François-Henry Désérable assiste à une représentation de Le Révisor de Gogol et découvre la source possible ou probable du mythe de l’existence de Piekielny, ce qui conduit sa compagne Marion, à réagir :

Chapitre 118

Je crois que l'affaire est classée, me dit Marion en sortant du théatre, alors que nous remontions la rue Notre-Dame-des-Champs. Voilà d'où il vient, ton Piekielny. Tu as commencé ton enquête en pensant le trouver sur Google : il était dans Gogol.

Chapitre 119

 

Chapitre 120

Telle fut ma réaction. Un blanc. Un long blanc de stupéfaction. Je restais là, hagard, silencieux, à battre des paupières. Je ne savais plus quoi dire, ni quoi penser...

Comme quoi, l'humour n'est pas le privilège de François-Henry Désérable, ce qu'il n'a jamais prétendu évidemment. Au moins, il nous offre avec ce récit, un vrai régal.

olonnois85