Une chance folle, Anne Godard, Minuit, 142pages

Une chance folleMagda avait neuf mois lorsqu’elle a été grièvement brûlée. Depuis, sa mère a fait des soins de sa fille sa raison d’être. Elle lui sacrifie tout. Les greffes, les cures, les massages, les pansements se suivent année après année, les cicatrices persistent. Si Magda reste un objet de curiosité, pour certains de répulsion, si elle souffre, c’est sa mère que l’on plaint. Le père de Magda est soumis et ne compte pas, n’intervient jamais. Marc, le frère aîné de onze mois (lui de janvier, elle de décembre de la même année), est le seul compagnon de jeu de Magda.

La mère décide un jour de s’installer en Savoie et le déménagement se fait sans opposition. La naissance d’une troisième enfant, Aurore, donne une bouffée d’air. Marc et Magda en font leur protégée. Lorsque Aurore est victime d’une morte subite, un pan de la vie de famille s’écroule. Marc et Magda essayeront vainement, avec toute leur naïveté d’enfant, de donner naissance à un nouveau bébé.

Lorsque la mère décide le retour à Paris dans un logement appartement à une tante, il n’y a pas de discussion. La famille, celle de la mère uniquement, est la limite de l’espace social. On habite avec d’autres oncles, tantes et cousins dans le même immeuble, on passe les vacances dans la famille, famille qui commente aussi le comportement quotidien des uns et des autres. La mère est le relais entre « sa » famille et « ses » enfants.

Lorsque Magda parvient à la puberté et que sa sexualité s’éveille, les problèmes avec ses cicatrices n’en deviennent que plus grands. Quand elle est amoureuse et enfin aimée, le conflit avec sa mère éclate sous une nouvelle forme : la mère veut-elle protéger son enfant comme toute mère protège sa progéniture ou bien a-t-elle peur de perdre son ascendant sur sa fille et devenir elle-même « inutile » ?Situation difficile pour Magda, d’autant que son frère avec qui elle était tant liée se distancie d’elle. Ou bien n’est-ce pas elle qui, en s’émancipant, se distancie de lui ?

À la fin de ce roman bien construit (dans laquelle il n’est pas aisé d’entrer, faut-il reconnaître) et levant une quantité de questions sur la complexe relation mère – enfant handicapée, Anne Godard donne dans le dernier chapitre de façon originale une clé possible. Est-ce la bonne ? Il y en a-t-il seulement une, de clé universelle ?

olonnois85