Hiver

Hiver, Christopher Niocholson, éd. Quai Voltaire, 320 p.

Le roman reprend la vie de Thomas Hardy, poète et écrivain anglais de la fin du XIX ème auquel on doit le célèbre Tess d’Uberville. Ou plutôt, les toutes dernières années, pour ne pas dire ce dernier hiver durant lequel, perdu au fond  de sa campagne anglaise, le vieil homme de 84 ans, continue d’écrire aux côtés de Florence, deuxième épouse qui a la moitié de son âge.

Thomas Hardy assiste au montage de « Tess » au théâtre de la petite ville du Dorset. La jeune actrice débutante proposée pour tenir le rôle, se nomme Gertrude Bugler, elle est ravissante et le vieil homme en tombe immédiatement amoureux. D’un  amour platonique et unilatéral qui lui donne de l’énergie et lui inspire d’étonnants sonnets.

Gertrude quant à elle, voue une admiration sans bornes à l’écrivain et le considère comme un mentor, et la chance de devenir actrice professionnelle puisqu’il  lui propose bientôt de jouer Tess sur la scène londonienne.

Florence, l’épouse, se sent délaissée, se morfond dans ce manoir froid et humide, use sa santé auprès de son mari qu’elle juge tyrannique. Ecrivain elle aussi, elle a tout abandonné pour lui servir de secrétaire et se consume de jalousie et de regrets.

Le roman alterne les points de vue des trois personnages de façon subtile et surtout étonnamment juste. Chacun a ses raisons et personne n’a vraiment raison. Tous commettent des erreurs et, dans cette partition à trois, chaque vie décante son lot de joies et de déceptions à l’aune des sentiments, vrais ou supposés des autres. Thomas est-il amoureux de Gertrude au point de fomenter une fugue avec elle ? Florence est-elle vraiment malade à cause des arbres, immenses qui jouxtent le manoir et que Thomas refuse de tailler ? Et Gertrude pose-t-elle un regard tout à fait juste sur  l’écrivain, sur ses désirs d’actrice et sa peur du regard des autres ?

C’est l’hiver, saison sombre et froide, sans doute le dernier pour Thomas Hardy, prétexte d’une période redoutée qui sonne comme un dernier bilan.

Bilan d’un couple, d’une œuvre, d’une société en marche vers le progrès mais lequel ?

Autant de questionnements qui soufflent à travers ces lignes comme dans un roman d’aujourd’hui.

Tout est différent. Pourtant tout est d’actualité.

 

monohak