Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro, Folio / Gallimard, 441 pages

 

Auprès de moi toujoursDans l’internat idyllique de Hailsham, des gardiennes éduquent des élèves particuliers. Parmi ceux-ci, Ruth, Tommy et Kath. Cette dernière est la narratrice.

Kath raconte des petits détails de leur vie en commun en dehors de tous circuits de la civilisation. Ce sont des gamins qui se préoccupent intensément et exclusivement de leurs gamineries. L’interprétation d’une petite phrase devient un drame en plusieurs actes. Kazuo Ishiguro annonce sans cesse qu’il va se passer quelque chose de très « important ». Avant de décrire cet « important », il décrit l’entourage, parle du lieu, des circonstances en rappelant d’autres événements, du temps qu’il fait ou aurait pu faire, se réfère à d’autres événements qui furent la possible cause de celui qui va arriver, d’événements qui en découleront, des personnes présentes et des personnes impliquées, de leur humeur, de leur caractère, etc. L’événement « important » se révèle finalement une interprétation de la réaction de tel ou tel personnage à quelques mots prononcés et donnant eux-mêmes sujet à interprétation.

Noyé dans des pages et des pages de futilités, de dire, redire, répétition, redondance, ce n’est qu’au quart du roman, au cours d’une déclaration, qu’une gardienne dévoile : « Vos vies sont toutes tracées. Vous allez devenir des adultes, et avant de devenir vieux, avant même d’atteindre un âge moyen, vous allez commencer à donner vos organes vitaux. C’est pour cela que vous avez été créés. »

Cette information fracassante ne perturbe pas les élèves : ils la connaissaient. Ils savent qu’après leur formation ils seront « accompagnants », puis « donateurs » avant de « terminer ». C’est leur destin et ils l’acceptent sans révolte, sans la moindre critique. Leurs seules préoccupations sont leurs petites querelles et leurs petites réconciliations, des tas de petits riens. Cette acceptation inconditionnelle de leur avenir, leur avenir lui-même, n’est pas un sujet de discussion. Kazuo Ishiguro nous décrit un monde qui pourrait donner froid dans le dos. La thématique du clonage d’êtres humains pour en faire des donateurs d’organes passe cependant complètement au second plan et est étouffée dans un texte beaucoup trop long, dans un fouillis de répétitions et redondances. Les phrases sans sens du genre « Mais Ruth choisit ce moment pour dire ce qu’elle dit » pullulent et n'éclaircissent guère le lecteur. L’abominable idée que toute une société s’habitue au clonage de quelques-uns pour le bien de quelques autres est malheureusement noyée dans un texte superficiel et puéril.

olonnois85