Marx et la poupée, Maryam Madjidi, Le Nouvel Attila, 202 pages

 

Marx et la poupéeAlors qu’elle a 6 ans, Maryam, accompagnée de sa mère, quitte l’Iran pour la France et rejoindre son père en exil. C’est le début d’une vie d’exilée. Elle doit apprendre la nouvelle langue, la cuisine, la mentalité, acquérir une nouvelle identité. Après une phase de refus, l’intégration se réalise aux dépens des origines. Maryam ne veut pas parler français, mais elle y est contrainte. Dès qu’elle la fait sienne, c’est le farsi qu’elle ne veut pas apprendre à écrire. Elle s’y mettra pourtant plus tard. À 6 ans elle boude les croissants, ces choses fades et sans odeurs, et à 36 ans, elle a la nostalgie des croissants et de la douce odeur de boulangerie.

Marx et la poupée n’est pas une simple autobiographie. Peut-on pour autant parler de roman ? Maryam Madjidi ne déroule pas son texte linéairement. Elle passe sans cesse de l’Iran à la France, pas toujours dans le but d’une comparaison systématique, mais plus pour montrer sa propre évolution. De même elle va sans transition d’une époque à une autre, d’une culture à une autre, ce qui rend son récit très léger. Elle réussit également à intégrer à bon escient les plus grands poètes perses, et cette poésie de sa langue natale se diffuse avec bonheur dans sa langue d’adoption.

Si elle ne néglige pas les problèmes que crée le régime théocratique, il ne faut pas s’attendre à de grandes révélations. Les contradictions et l’hypocrisie du pouvoir en place sont suffisamment connues. Si Maryam l’évoque, elle n’en est pas pour autant une auteure engagée. La politique n’est pas son sujet, mais cette dualité de « ses » cultures. Elle est française en Iran et iranienne en France, un sort que partagent beaucoup d’exilés.

Son texte est charmant, léger et poétique. Marx et la poupée est son premier roman et a été récompensé par le Goncourt du premier roman ainsi que par le prix Ouest-France étonnants voyageurs. Saura-t-elle en écrire d’autres et ne pas tomber dans lspirale de l’éternelle biographie ? Espérons-le, afin d’avoir un jour à nouveau le plaisir de la lire.

 

olonnois85