La fissure, Jean-Paul Didierlaurent, Au diable Vauvert, 328 pages

 

La fissure

Il existe des nains de jardins, il y a donc des représentants en nains de jardin. Tel est le cas de Xavier Berthoux, marié, un fils, un chien, une maison secondaire dans les Cévennes. Xavier travaille pour Franchon qui, après la reprise de la firme par les Américains et la délocalisation de la production en Chine, ne compte plus que quatre employés. La vie de Xavier n’a rien d’intéressant ni de spectaculaire, jusqu’à ce week-end où il découvre une fissure sur la façade de sa résidence cévenole. Malgré les protestations de sa femme, il décide d’arracher le lierre recouvrant le mur pour juger de l’étendue des dégâts avant de le réparer. Qu’il brise par inadvertance une patte de Bela, leur chihuahua, n’arrange pas les choses. En plus Numéro 8, son nain de jardin, offert par l’entreprise du temps des années fastes, se manifeste oralement. Cependant Xavier est le seul à pouvoir l’entendre. Numéro 8 était le plus grand modèle fabriqué par Franchon et le seul à ne pas être peint. Numéro 8 est insolent, râleur, trouillard, donneur de leçon, comme n’importe qui. Vous par exemple. Mais pas moi (enfin, je l’espère). Des jours difficiles s’annoncent pour Xavier, d’autant que les nouvelles BN (Blanche Neige) aux poitrines opulentes suivant la mode et juste arrivées de Chine ont un défaut : elles sont toutes fissurées. C’en est trop pour Xavier. Il harnache dans un porte-bébé Numéro 8 qu’il ne quitte plus et plaque tout. Ce qui se passe ensuite est aux antipodes de sa vie passée.

Comme l’humeur de Xavier, le texte de Didierlaurent passe par plusieurs phases, d’un peu d’ennui d’une vie trop réglée à des situations absurdes (le nain de jardin qui parle !), des hésitations et de plus en plus de phases cocasses avec ces dialogues entre Xavier et Numéro 8, quiproquo à propos d’une fouine dans le grenier, des situations comiques bien exploitées et sans exagération (Numéro 8 pris pour une statue aztèque, qui zézaye lorsque sa langue est cassée parce que la voisine le fait chuter). Didierlaurent évite l’écueil de la farce grossière et reste dans la subtilité.

Le truculent roman de Jean-Paul Didierlaurent, loin du poétique « Le liseur du 6 h 47 », à défaut de changer de vie, donne envie d’acheter un nain de jardin.

 

olonnois85