CEUX D'ICI, Jonathan Dee, PLON, 352 pages

Ceux d'iciLe livre a été présenté comme celui qui explique tout de l'arrivée de Trump au pouvoir ;  toutefois s'il est bien paru à ce moment là, l'action démarre en réalité bien plus tôt, à savoir le 11 septembre 2001 ! 

Son titre original, "The locals", les locaux,  colle davantage à l'univers de la middle class blanche des campagnes américaines. Roman américain, car sous l'apparence d'une ou plusieurs histoires, c'est le tableau de toute une société qui est brossé , paupérisation des campagnes, crise immobilière, spéculations mais aussi attentats, insécurité, paranoïa provoquée par la tectonie du début du siècle.

L'histoire commence à New York, un jour terrible où l'Histoire happe tous les destins.  Mark, victime d'un escroc,  est venu pour y rencontrer un avocat d'affaires. Il ne le verra pas car dès l'attentat, tous les riches sont partis se réfugier dans leurs propriétés de Long Island. Mais Mark se souviendra de cette journée pour d'autres raisons pas  drôles du tout, mais que j'ai trouvées à l'image du livre, cyniquement cocasses....

Le monde bascule, plus rien n'est sûr, c'est une tragédie collective ! Mark, du simple fait d'avoir été à New York le jour de l'attentat est fêté en héros pour les habitants de sa petite ville, Howland. A deux-trois heures de New York, cette bourgade  perdue dans la campagne, vit surtout l'été grâce aux résidences secondaires,  et pour les locaux , il y a plus de petits boulots que de vrais. 

Voilà que débarque Haty, richissime businessman new-yorkais. Craignant de nouvelles attaques terroristes, ou voulant se faire oublier pour d'autres raisons, il se réfugie avec sa famille dans ce lieu perdu, dans un domicile ultra-sécurisé.

Nous voià dans le coeur du récit,  le rythme change, les personnages se succèdent, s'entrecroisent et interagissent. Jonathan Dee met en scène la fin du rêve américain , le fossé culturel entre les deux amériques, l'une riche, l'autre laissée pour compte, la fascination de l'argent, la combinaison de l'argent et du pouvoir, l'idée que les  winners de l'industrie ou de la finance pourraient être de bons gestionnaires de nos finances publiques. Cette description très intéressante des rancoeurs, des espérances, des rapports de force est aussi originale, car l'auteur joue avec ses lecteurs, en donnant à toute situation une texture différente à celle attendue.

Un exemple ?  Un riche qui est élu ne sera pas corruptible car il n'a pas besoin d'argent ; eh bien non, les relations argent/pouvoir peuvent se combiner de multiples façons ; des confusions de patrimoine vont se produire ; oui, mais pas dans le sens prévu. Il y aura de l'autoritarisme ? oui pas ce que vous pensez ! Et toute cette générosité provoquera de la reconnaissance ? pas du tout, au contraire, un gouffre d'insatisfaction ! 

C'est ce jeu où l'auteur amène son lecteur à un certain jugement, puis le fait glisser vers  d'autres pistes, que j'ai trouvé intéressant et original, et qui fait de ce roman quelque chose d'atypique. Et ce roman est bien à l'image du monde vu par Jonathan Dee, sorte de jeu qu'il nous faut aussi décrypter car rien ne fonctionne plus comme avant !

GAME OVER ! LOL

 melianne