La fêlure, Kate McNaughton, Les Escales,488 pages

 

La fêlureÀ son réveil, après une fête, Éva découvre qu’Adam, son mari, gît sans vie dans leur lit. Après une période de deuil, elle se lance sur les traces de ce qui attirait Adam à Berlin où il rencontra entre autres une dénommée Lena Bachmann. Éva avait toujours refusé de l’y accompagner. Journaliste de guerre couronnée d’un grand prix, ce n’était pas la peur du voyage qui l’en empêchait, mais un respect pour sa mère Hanna qui avait fui Berlin-Est. Pour élargir son roman, Kate McNaughton revient dans un ordre aléatoire sur les différentes phases de la relation entre Éva et Adam, ainsi qu’avec leurs plus grands amis Henry et Carmen. Cette construction donne de l’étoffe au roman, mais en même temps lui fait perdre une importante part de son intérêt. La qualité laisse la place à la quantité.

Ainsi, l’auteure use (et abuse) de répétition :

Mais d’abord, il faut appeler une ambulance, avant de faire quoi que ce soit d’autre, appeler une ambulance, quand on est tout seul, il faut appeler une ambulance avant de faire quoi que ce soir d’autre. Est-ce qu’elle hurle lorsqu’elle appelle l’ambulance ? [p. 23]

Elle va jusqu’au copier-coller :

Adam est doué pour choisir ses silences – pour arrêter de poser des questions au bon moment et vous inciter à révéler vous-même des informations. [p. 105]

Adam est doué pour choisir ses silences – pour arrêter de parler au bon moment et vous faire sentir le poids de ce qui n’a pas été dit. [p. 106]

Par peur de ne pas remplir les pages, elle abuse de dialogue creux, du « smalltalk » (surtout small) entre les personnages, de leurs réponses onomatopéiques, voir absence de réponses symbolisées par une surabondance de points de suspension :

Je n’arrive toujours pas à y croire, Éva.

Je sais.

– …

– …

– …

Je… je ne sais pas. J’ai l’impression que ça ne peut pas être pas vrai.

– …

– …

– …

Éva se laisse glisser sur le sol. [p. 63]

Bien qu’Éva soit une journaliste réputée et célébre (couronnée d'un grand prix du journalisme), Adam médecin, Henry banquier, leur niveau linguistique est très bas. Leurs expressions préférées sont putain, truc, ouais, mouais, et toutes les onomatopées euh, hum, hmm, ho, etc.

Kate McNaughton ne peut s’empêcher d’évoquer directement ou indirectement tous les sujets d’actualités des dernières années. Attentat du Wolrd Trade Center, terrorisme, guerre en RDC et celle d’Irak, la crise Lehman Brothers, etc. Tous ces sujets gonflent son texte, mais n’apportent rien à son sujet.

La fêlure de Kate McNaughton pourrait avoir pour sous-titre L’art de remplir des pages et de ne rien dire. Dommage, le sujet était bon et bien traité, mais a été noyé dans la masse.

olonnois85