La Symphonie du hasard, Douglas Kennedy, Belfond (T. 1 : 384 p. ; T. 2 : 336 p ; T. 3 : 400 p.)

Voilà la trilogie tant attendue de l'auteur américain préféré des Français ! Et c'est une valeur sûre que cet auteur francophile prolifique !

Nous voyageons avec Alice et sa famille, son père, sa mère, ses deux frères, aux États-Unis, en Irlande, à Paris, en Amérique du Sud. Tout oppose les membres de cette famille même si l'amour les unit... parfois. Leur vie défile dans l'Amérique de Nixon à Reagan, des années soixante-dix et quatre-vingt, dans les turbulences politiques, économiques qui imprègnent leurs activités, leurs mensonges, leurs trahisons. C'est une double fresque, familiale et sociale. Mais l'ambition de DK est aussi de nous prouver que notre cellule de base, la famille est une société secrète avec ses codes qui s'imposent invariablement, quelle que soit sa volonté de s'en émanciper ou de les ignorer comme l'expérimente Alice. Dès les premières pages le ton est donné : 

« Toutes les familles sont des sociétés secrètes. Des royaumes d'intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l'extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées ».

Dans le tome 3,  la famille est si souvent un lieu d'obscurité, où seules de rares lueurs osent apparaître fugitivement.

Alice aime la littérature et nous croiserons dans ces trois tomes de quoi trouver des idées de lecture, des réflexions sur le couple éditeur/écrivain, l'écrivain amas ambulant d'insécurité et de névroses... dénuée d'assurance et terriblement narcissique. Alice va aimer passionnément, souffrir, devoir se reconstruire, perdre des amis (c'est l'époque où le sida apparaît et fait des ravages dans la communauté gay). 

Mais au-delà de ses envies, de ses rêves, il y a la symphonie du hasard, celle où la musique s'écrit au gré des lectures, des rencontres, des chagrins, de sa capacité de survie.

Symphonie qui s'écrit dans ses élans contradictoires, dans ses choix, dans ses renoncements.

Et, comme j'aime les piques et que vous avez tous adorés mad (my absolute darling, retenez l'abréviation) ; DK nous parle des retouches apportées à un roman traitant d'un inceste père-fille pour en faire un best-seller :

Nous avions ajouté pas mal de détails sur l'attitude indifférente de la mère et la brutalité émotionnelle et sexuelle du père, la difficulté de fuir sa domination, et la peur qu'il avait fait naître en elle (sa fille). Comme ça, même si le cadre très rural, la domination cléricale et paternelle, et bien sûr, la manipulation des serpents venimeux pouvaient sembler dépaysante et exotique au lecteur, nous avions réussi à rendre le propos assez universel pour tout ce qui touche à la dureté de la vie familiale.

C'est la recette appliquée dans La symphonie du hasard : une touche d'exotisme dans l'espace et le temps qui contrebalance des relations familiales difficiles, des rebondissements, des temps forts d'une époque que les fidèles lectrices de DK devraient apprécier.

NB : J'ai présenté la trilogie dans son ensemble, mais que cela ne vous prive pas de présenter l'un ou l'autre tome de manière plus approfondie. 

mélianne