Né un mardi, Elnathan John, Métaillé, 258 pages

Né un mardiAhmad, surnommé Dantala (« Né un mardi », dans la langue Haouda), est recueilli à Sokoto dans le nord du Nigéria par Sheikh Jamal, fondateur d’un mouvement islamiste, et son second Abdul-Nur. Ahmad se lie d’amitié avec Djibril, le frère de Abdul-Nur, puis tombe amoureux de Aïscha, l’une des filles de Sheikh. Tandis que Sheikh prêche par pragmatisme la paix et tente de s’entendre avec les chiites et le pouvoir corrompu et abhorré, Abdul-Nur se radicalise et, après un séjour en Arabie Saoudite, fonde son propre mouvement moudjahidine. Ahmad, élève singulièrement doué, gagne de plus en plus la confiance de Sheikh et devient son plus proche compagnon. Sa timidité est un obstacle pour gagner Aïscha.

En suivant son personnage Ahmad, Elnathan John dénonce les systèmes en place au Nigéria. La corruption est omniprésente dans tous les domaines et plus particulièrement dans le milieu politique où le clientélisme est la règle. Les ethnies et les religions sont jouées les une contre les autres et la mouvance djihadiste trouve facilement des appuis dans une population désabusée, fragilisée et misérable. Le rôle néfaste de la police et de l’armée n’est pas épargné (« Ce sont les soldats qui rendent tout le monde agressif. » [p. 257]). En proclamant que tout est la volonté d’Allah, la religion n’aide pas à sortir de ce cercle infernal.

Elnathan John apporte par l’intermédiaire de ses personnages de multiples réflexions sur les entraves de l’Islam :

« J’ai entendu Sheikh débattre de ces choses-là de nombreuses fois et je sais quelles réponses, quels versets et quels hadiths citer pour contester les enseignements chiites. Mais si on utilise un hadith qui dit clairement qu’ils se trompent, ils vous répliqueront que ce hadith n’est pas authentique. » [p. 115]

Remarque : Les hadiths n’étant que des transmissions orales directes (« J’ai vu... ») ou indirectes (« J’ai entendu dire... ») des actes et des paroles de Mahomet par ses compagnons et rédigées par écrit au moins un siècle après Mahomet, ils ne peuvent qu’être très controversés ou diversement interprétés.

« … je regrette que tout que tout n’est pas dans le Coran, toutes les questions à propos desquelles les gens se battent, comme ça les gens ne se battraient pas pour savoir ce qui est correct et ce qui n’est pas correct… Mais il y a des gens qui même si tout se trouve dans le Coran, ils apporteront quand même leurs propres idées pour provoquer des bagarres. Peut-être que certaines personnes aiment simplement se battre. » [p. 206]

Toute la contradiction est là. Les musulmans attendent du Coran qu’il règle toutes les questions de la vie, puisque tout est volonté de Allah. Dans cette optique, l’homme ne décide de rien et n’est également responsable de rien. Tout est déterminé dès la naissance. L’existentialisme dit exactement le contraire.

Né un mardipourrait être considéré comme un roman anthropologique sur le Nigéria et l’Islam, une critique de la corruption de la classe politique et une dénonciation de la violence de l’armée.

 

Le lecteur ferait cependant une erreur en limitant la critique de ce texte au Nigéria et à l’Islam, sans se rappeler les querelles meurtrières au sein du christianisme (catholiques, protestants, orthodoxes, évangélistes, anglicans, etc.)

 

Celui qui s’intéresse à cette partie de l’Afrique et à l’Islam lira avec beaucoup d’intérêt Né un mardi.

olonnois85