Une vie comme les autres, Hanya Yanagihara, Ed. Buchet Chastel, 816 pages

Je ne parlerai pas du livre, non impossible, déjà le titre en anglais, "a little life", en allemand, "ein wenig leben", respectivement, une petite vie, et vivre un peu, est devenu en français, "une vie comme les autres" : comment voulez-vous que je m'y retrouve ? 

Et cette couverture (la même dans les trois langues) ne donne pas du tout envie de lire ce pavé. Aux alentours de la page 150, on imagine poindre le nœud de l'histoire et on se dit qu'il reste encore près de 700 pages à tenir ; mais il faut continuer pour vérifier si c'est bien ça. 

Hé oui, noirceur et noirceur. Mais vous savez qu'il y a différentes sortes de noir. Il y a du noir pour l'enfance abandonnée dans les poubelles, du noir pour l'enfance abusée sexuellement. Et il y a plus noir que le noir : le noir qui brise définitivement la vie, le noir où la chair reste à vif, blessée, douloureuse, blessure honteuse, indicible, rempart ou fossé entre soi et les autres.

Et quand la vie devient généreuse prodiguant amour, amitié, joies et succès, il y aura toujours un rappel du drame.

Et il y a de l'art dans cette manière de répéter le drame, chaque progression dans la vie étant aussitôt anéantie par un flash-back de plus en plus éprouvant dans le trauma.

Tout aussi éprouvants sont les rituels sanglants, punition et maîtrise du corps, dégoût de soi. La vie ordinaire, une vie comme les autres, juste vivre, impossible !

Nausée, écœurement du lecteur, oubliés ensuite avec très belles pages sur l'amitié, l'engagement, la force des sentiments.

De très intéressants passages aussi sur le droit et les mathématiques, improbables dans un roman.

Ce roman (est-ce vraiment un roman ?) redoutable, dérangeant et magistral !

Publié en 2015 aux États-Unis, traduit dans plusieurs langues et finalistes de plusieurs prix, un million de lecteurs annoncé.

melianne