Le train d'Erlingen, ou La métarmorphose de Dieu, Boualem Sansal  256 pages

Boualem Sansal, philosophe algérien, s'interroge sur notre réaction vis-à-vis du terrorisme et de sa menace diffuse.

Comme à son habitude, c'est par l'intermédiaire d'un conte que l'auteur nous livre son analyse. Mais ce conte est double, et comme si cela ne suffisait pas pour nous perdre, il revêt différentes formes, des notes, des lettres...

Dès le prologue pourtant nous sommes prévenus : la construction du roman est faite pour nous perdre, car tel est le chemin de la vérité.

Dans notre confusion, l'histoire qui nous paraît réelle ne l'est pas, et celle qui est réelle, nous ne la voyons pas. Comment ne pas faire un parallèle avec l'actualité qui nous façonne, nous métamorphose avec des informations que nous n'arrivons pas à mettre en place ? Dieu lui-même d'ailleurs n'est plus ce qu'il était, et puis les dieux, c'est comme les humains, ils meurent aussi ! Avec beaucoup d'humour, l'auteur nous parle du Livre inconnu que tout le monde se dispute, d'une nouvelle espèce de cadres dans l'entreprise qui ne dorment plus et ne mangent plus, et d'autres histoires totalement irréelles auxquelles on pourrait croire puisque l'homme est prêt à croire ce qui n'est pas crédible et à s'enfermer dans ses croyances. Mais l'auteur est aussi plus incisif : la misère engendre des super-héros, le danger venant d'une menace diffuse nous empêche de réfléchir, les solutions faciles (le train) sont des leurres, il nous défendre nos valeurs, dénoncer, résister. Car en réalité, c'est de notre naïveté, de notre peur, de notre confusion que se nourrissent les menaces.  

Un bon livre, complexe, qu'il faut décoder chacun à sa façon.

melianne