Trois fois la fin du monde, Sophie Divry, Notabilia, 235 pages

Trois fois la fin du mondeJoseph Kamel se laisse convaincre par son frère Tonio de participer à un braquage. Celui-ci tourne mal, la police abat Tonio et arrête Joseph. Il apprend à ses dépens tous les côtés sordides des prisons françaises : violence, promiscuité, injustice, dépendance, etc., parfaite école de la délinquance et du banditisme.

Conséquence d’une catastrophe nucléaire, par miracle immunisé contre les radiations mortelles, rare survivant, il parvient à s’enfuir et se réfugie dans les causses. Tel Robinson, il réapprend à vivre seul comme être humain. Pour compagnon il n’a qu’un mouton et une chatte. Les vivres qu’il peut récupérer dans les magasins et les maisons abandonnées des environs lui permettent de passer un premier hiver solitaire, bien que dans un état dépressif.

Dans ce roman, Sophie Divry met sur la balance la brutalité de la vie carcérale et la solitude de l’homme isolé. L’homme, cet animal sociétal, ne peut que très difficilement vivre sans ses congénères. Même les navigateurs solitaires ou les astronautes savent qu’un jour prochain ils toucheront terre et retrouveront leurs semblables. Joseph n’a pas cette certitude devant lui. D’abord il craint, puis espère et enfin désespère de rencontrer à nouveau des humains. La perte de ses animaux de compagnie est un nouveau revers qui l’amène au bord de la folie. Le processus est lent et inéluctable.

Sophie Divry a parfaitement pu condenser l’état d’esprit et les différentes phases que Joseph traverse, ce qui fait de Trois fois la fin du monde un roman dense et saisissant, même si, occasionnellement, le changement de type de narration (passage de « je » à « il » et inversement, avec niveau linguistique correspondant) perturbe.

olonnois85