La belle n’a pas sommeil, Eric Holder, Seuil, 224 p.

La belle n'a pas sommeilAntoine est un bouquiniste étrange, planqué au fond d’une forêt du Médoc, entre vignes et océan. Il vit au rythme d’une nature tantôt hostile, tantôt complice, aux côtés du petit peuple d’un village voisin.

Il y a Jean-Louis, l’agriculteur, Marco le garde-champêtre, Laurence, la brocanteuse et la belle Marie, boulangère et amante passagère. Il y a surtout Jonas, qui fuit sa vie parisienne pour vivre comme un clochard en pleine forêt. Tous ces personnages jouent une partition fantasque et imagée, comme le spectacle d’autant de vies inconnues, mais qui résonnent de ressemblances partagées.

Arrive Lorraine, une jeune femme sublime de beauté et de jeunesse, conteuse itinérante de son état.

Évidemment, Antoine tombe amoureux, pourtant elle a l’âge d’être sa fille. Tous les hommes en tombent amoureux d’ailleurs et Marie, l’amante délaissée est malheureuse.

L’histoire est banale, mais les personnages tellement fantasques, tellement attachants qu’ils nous sont proches comme une famille retrouvée.

Et surtout la langue d’Éric Holder est magnifique, riche, ciselée, pénétrante. Son écriture est simple et envoûtante comme un conte justement, maniant l’allégorie et la sagesse, la dérision et le cynisme.

La belle n’a pas sommeil, et elle nous l’ôte également, tellement on ne peut quitter ce livre, étonnant, unique. Vraiment, de la littérature.

monohak