Cachée sous mon turban, Nadia Ghulam avec Agnès Rotger, L’Archipel, 297 pages

 

Cachée sous mon turbanÀ la naissance de Nadia en 1985, le pouvoir en Afghanistan est sous la coupe de l’UdSSR, mais la résistance des moudjahidin soutenus par les USA est intense. En 1992, le régime tombe et les Afghans croient en la paix. Hélas, la rivalité entre les chefs de guerre plonge le pays dans une guerre civile encore plus violente que sous les Soviétiques. Lors d’un bombardement, à huit ans, Nadia est gravement blessée et brûlée. Les possibilités de soins sont rares, d’autant que la famille de Nadia doit se réfugier dans un camp des Nations Unies. Malgré 14 opérations, elle reste défigurée. Elle fait peur aux autres enfants et passe pour un monstre.

De retour à Kaboul malgré les bombes, Zelmaï, seul frère de Nadia avec lequel elle s’entendait très bien, disparaît, tandis que son père sombre dans une dépression dont il ne sortira plus.

À onze ans, pour trouver un travail et permettre à sa famille de survivre, Nadia se fait passer pour un garçon sous le nom de Zelmaï, celui de son frère.

L’arrivée des talibans au pouvoir en appliquant strictement la charia amène une paix relative. Les femmes doivent se voiler et n’ont plus le droit de travailler, les hommes n’ont plus le droit de les soigner. À son entrée en puberté, Nadia n’a d’autre choix que de côtoyer les talibans en continuant à se comporter en garçon. Très pieuse malgré la duplicité, la bêtise et la violence qui l’entourent, elle parvient à cacher son jeu et préserver son identité.

À l’adolescence, elle s’éprend d’un garçon et se lie en tant que Zelmaï d’amitié avec lui. Lorsque celui-ci avoue lui porter mêmement une très forte affection, Nadia/Zelmaï se trouve dans une inextricable situation et ses sentiments mis à rude épreuve.

Ce récit biographique dévoile les difficultés des Afghans, plus particulièrement des Afghanes, à travers des luttes et des conflits que traverse leur pays depuis un siècle entier, l’oppression des femmes, aussi bien par les religieux que sous le carcan des traditions locales. Bien plus que ce rôle de garçon, Nadia décrit le difficile quotidien de la population, la misère, la faim, l’injustice, mais également la solidarité, l’amitié, l’amour qui transparaissent et persistent en dépit de toutes les épreuves.

Si ce livre n’a pas d’ambition littéraire, c’est un témoignage peu commun à valeur ethnologique.

 

Nadia Ghulam

Agnès Rotger

Remarque : Nadia Ghulam ne retrouvera pleinement son identité qu’à 21 ans lorsqu’elle quittera l’Afghanistan pour être de nouveau hospitalisée en Espagne. Elle vit depuis à Barcelone.

Agnès Rotger qui rédigea la biographie de Nadia Ghulam est une journaliste et rédactrice catalane.

 

 Traduit du catalan par Martine Desoille

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