Le nouveau, Tracy Chevalier, Phébus, 219 pages

 

Le nouveauDans les années 70, un nouvel élève noir arrive dans une classe d’une école primaire de Washington DC. Il est le seul de couleur.Le lecteur s’attend à un roman sur le racisme. Erreur, ce ne sont que des querelles d’enfants sur lesquelles l’auteure tente vainement de transposer un problème de toute la société (américaine). Les enfants ne sont cependant pas des adultes, et même s’ils les copient parfois, leurs intérêts sont fondamentalement différents.

Dans ce roman de Tracy Chevalier, tout sonne faux.

Dans Le nouveau, en une journée (une seule) des amitiés se lient, des inimitiés se forment, des jalousies voient jour, des coups bas sont lancés. Cette compression dans le temps est, pour la façon dont est traité ce sujet, complètement artificielle.

Les incongruités se prolongent tout au long du récit. Les élèves raisonnent et se comportent comme des adultes, mais en même temps comme des enfants. Les filles jouent à la marelle ou flirtent avec les garçons, deux occupations en opposition l’une de l’autre et peu crédible. Inversement, les garçons jouent au ballon et aux billes ou tentent de séduire les filles, deux activités contradictoires.

L’auteure devrait quand même savoir qu’à dix ou onze ans, les garçons sont moins avancés et ne s’intéressent pas encore aux filles qui, au plus, les troublent. Elles-mêmes sont à cet âge le plus souvent suffisammentconfrontées avec leurs problèmes de puberté. Tracy Chevalier s’est trompée de classe d’âge en ce qui concerne la relation fille-garçon.

À tout cela s’ajoute une traduction médiocre. Exemple, lorsque les enseignants constatent la présence d’un enfant venu d’Afrique dans la cour de l’école :

— Tiens, tiens, lança Mr Brabant. Je crois que j’entends les tambours.

Mrs Lode, l’autre maîtresse de CM2, plantée à côté de lui, gloussa.

Pourquoi le battement de tambour peut-il amuser Mrs Lode ? De quels tambours s’agit-il, d’abord ? La phrase prend un tout autre sens si l’on remplace tambours par tam-tam.

Mais peut-on vraiment reprocher au traducteur de négliger un texte insipide ?

Tracy Chevalier passe en grande partie à côté de son sujet. Parce que son élève préférée s’intéresse à ce nouvel élève noir un enseignant (un seul) se montre raciste. Un élève (un seul) fomente un harcèlement de ce nouveau, pas primairement par racisme, mais parce que sa position de « petit chef » est remise en cause. Les élèves sont dans leur ensemble principalement préoccupés par des futilités de leur âge, comme dans n’importe quelle cour d’école.

Tracy Chevalier parvient même à rater la fin de son récitpar un aberrant comportement des protagonistes.

Décevant est le vocable qui convient le mieux à ce roman.

olonnois85