Amour propre, Sylvie Le Bihan, JC Lattès, 276 pages

 

Amour propreGiulia n’avait que quelques mois lorsque sa mère l’a abandonnée à son père pour retourner en Italie. Elle ne lui laisse qu’un livre, La peau, du contesté Curzio Malaparte.

Giulia a grandi, s’est mariée, a eu trois enfants, a divorcé. Elle enseigne la littérature italienne et lorsque ses enfants sont enfin grands et qu'elle les croit aptes à voler de leurs propres ailes, elle décide de réaliser son rêve et part pour Capri dans la célèbre villa de Malaparte pour y écrire un livre sur cet auteur.

Ce départ est-il une fuite comme celle de sa mère ? La recherche de celle-ci ? Un éloignement de ses enfants ?

Giulia n’a pas aimé être mère, n’en fait aucun mystère et elle clame à propos de ses enfants dans un moment d’énervement :

« Il n’y a pas de répit, on reste mère toute sa vie et j’en avais pris pour perpète. La vérité, c’est qu’ils me font chier. »

Pour elle, les joies de la grossesse, de l’accouchement, d’élever ses enfants sont une gigantesque supercherie, une foutaise. Elle va jusqu’à douter d’avoir aimé les siens pour lesquels elle a trop donné, a trop sacrifié de sa propre vie, de ses propres intérêts. Et pourtant :

« Je suis la pire des mères, celle qui aime ses enfants mais qui ne peut s’empêcher de regretter d’en avoir eu... ».

Le titre du roman prend toute sa dimension : l’Amour propre ne devrait-il pas prendre le pas sur l’amour maternel, tant soit-il que celui-ci existe et ne soit pas un mythe monté de toute pièce par la société, les médias et le « politiquement correct » ? La fuite de sa mère n’était-elle pas justifiée, fuir pour se sauver et la sauver ?

Dans le courant de son texte, Sylvie Le Bihan évoque avec habileté Cursio Malaparte, (né Kurt Erich Suckert, transformant Kurt en Curzio et change son nom enMalaparte, le contraire de Bonaparte) tire des parallèles avec sa protagoniste, dénonce clairement les dérives de l’éducation de la jeunesse actuelle à qui les repères de la vie ont été retirés et remplacés par internet où ils sont manipulés par des algorithmes. « Une génération de « moi, moi, moi », dorloté, qui s’effondre et devient suicidaire quand la connexion internet tombe en rade ».

Ce roman, dans une écriture brillante (ce qui ne sera jamais assez dit), Sylvie Le Bihan soulève de très nombreuses questions sur la filiation, l’éducation qui y est liée, la liberté de la femme et son asservissement par la société.

olonnois85