Le berceau, Fanny Chesnel, Flammarion, 264 pages

 

Le berceauJoseph, éleveur bovin normand, a vendu ses bêtes lorsqu’il est devenu veuf. Ni sa fille ni son fils ne voulait reprendre la ferme. Ce dernier, homosexuel, vit aux États-Unis. Avec son compagnon, après s’être pacsés veulent se marier et ont décidé d’avoir un enfant. Ils ont trouvé une donneuse d’ovocyte anonyme et une porteuse acadienne de la Nouvelle-Brunswick. Joseph a fêté l’évènement et construit un berceau pour la naissance de sa petite-fille. Malheureusement, lors du vol vers la France quelques semaines avant la naissance, l’avion qui transporte son fils et son gendre s’abîme dans l’Atlantique. Après le choc, Joseph décide de retrouver la porteuse de sa petite-fille, sur laquelle il n’a aucun droit, et de la convaincre malgré tout de lui confier l’enfant. L’entreprise s’avère difficile et très délicate en raison du caractère et de la situation de la jeune femme, qui s’ajoute aux problèmes administratifs.

Le début de ce roman original est certes un peu long, mais une fois entré dans son sujet, l’auteure joue très bien avec les émotions et les sentiments de ses personnages. Elle amène, en passant, le lecteur à se confronter avec quelques expressions bien normandes (nichu : qui a mauvais caractère), anglaises bien sûr puisqu’une partie du roman se déroule outre-Atlantique, mais aussi au dialecte acadien (tu me niaises-tu là ?).Indépendamment de ce parler inaccoutumé, sous la plume Fanny Chesnel sortent de très belles pages émouvantes, un brin parfois poétiques ou cocasses.Un petit rappel sur l’histoire de l’Acadie est tout autre chose que superflu.

L’auteure réussit par bonheur à éviter l’écueil des clichés, des préjugés à surmonter. Joseph a accepté sans rechigner l’homosexualité de son fils et sa liaison avec son partenaire (pied de nez aux opposants au « mariage pour tous »), tout comme il juge de son devoir, malgré les difficultés à attendre, de recueillir l’enfant à naître de son fils disparu chose qui ne sont, hélas, toujours pas évidente dans la société. Ses personnages très typés ont en même temps leur caractère bien marqué, un bon mélange d’individualisme et de conformisme.

En dehors du début un peu lent, comme précédemment évoqué, Fanny Chesnela sorti un beau et original roman, chargé d’émotions jusque dans les dernières pages. Le déroulement est certes attendu, mais bien maîtrisé, sans temps mort, toujours avec un reste d’imprévu et de tension.

olonnois85