rotonine, Michel Houellebecq, Flammarion, 347 pages

 

SérotineLe narrateur veut se séparer de sa compagne, une Japonaise adepte du gang-bang humain et canin, non pas à cause de ce penchant particulier qui ne le dérange pas, mais plutôt de ses autres travers, comme sa propension à passer des heures à se maquiller. Plutôt qu’affronter les complications de cette rupture qu’il appréhende, il choisit de rompre tout ce qui le lie de près ou de loin avec elle, quitte son logement, son travail, ses habitudes et se réfugie dans un hôtel. Broyant des idées noires, il consulte un médecin qui lui prescrit des antidépresseurs avec le risque d’impuissance comme effet secondaire.

Les deux cents premières pages sont consacrées aux aventures sexuelles du narrateur avec ses diverses maîtresses. Il y est principalement question de sexe. Selon l’auteur, les hommes ne pensent qu’à introduite leur « bite » dans l’ouverture vaginale, anale ou buccale d’une femme, et celle-ci n’ont qu’une seule aspiration, qu’ils les pénètrent ou de leur accomplir une fellation :

« … il me paraissait invraisemblable qu’on s’intéresse sérieusement à autre chose qu’aux filles — et le pire est qu’à quarante-six ans je m’apercevais que j’avais eu raison à l’époque, les filles sont des putes si on veut... ».[p. 140]

Pour Houellebecq, tout se réduit au sexe. C’est une obsession, une idée fixe, une manie. Ce n’est même pas de la pornographie, encore moins de l’érotisme. Aucun sentiment, aucune recherche du plaisir. Forniquer pour forniquer, une occupation comme manger, boire ou dormir. Une diarrhée coïtale, répétitive, lassante, ennuyeuse à mourir.

Une fois ses maîtresses passées en revue, sur une cinquantaine de pages il s’attarde sur le problème des agriculteurs, en particulier des producteurs laitiers qui, en réalité, lui importent peu. Ce n’est qu’une répétition de ce qui est depuis longtemps connu. Mais même dans ce contexte, il ne parvient pas à se détacher de la chose sexuelle :

« … je revoyais les locaux de la CUMA, à quelques dizaines de mètres de la DRAF, l’image de la réceptionniste (une vieille divorcée malheureuse qui n’avait pas tout à fait réussi à renoncer au sexe, et cela avaient donné lieu à bien des épisodes navrants)... ». Quel rapport entre les quotas laitiers et les mœurs de la réceptionniste ? Aucun. Une remarque totalement superflue et déplacée. Cela faisait seulement trop de page qu’il n’avait pas répétitivement écrit le mot sexe.

Certains critiques qualifient Michel Houellebecq de visionnaire. Dans Sérotonine, le plus marquant est justement l’absence abyssale de vision. C’est du rabâchage provocateur lassant. Si au moins le style était original, percutant, romantique ou d’une autre façon intéressant, mais non, il reste plat, plus plat que la « morne plaine ». La plupart du temps, le texte est développé comme un écoulement de n’importe quoi. Des phrases trop longues, sans idées, sans structures, lues à toute vitesse, sans plaisir, comme un lait tourné. L’auteur ne parvient pas à communiquer son plaisir d’écrire — s’il en a un — ni de donner l’envie de le lire.

olonnois85